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Grandiose cérémonie religieuse ce 25 octobre 2015 organisée par l’IAF et L’ANACRA en soutien aux chrétiens d’Orient

ANACRA à la basilique de Saint-Denis

ANACRA à la basilique de Saint-Denis

ANACRA à la basilique de Saint-Denis

DISCOURS D'ANTOINE BAGDIKIAN, PRÉSIDENT DE L’ANACRA

Votre Excellence, M. Viguen Tchitetchian, Ambassadeur d’Arménie en France,

M. Iason Kasselakis, Consul de Grèce, M. Doros Venzis, Consul de Chypre,

Messieurs les Évêques et les Pères de l’Église, Mesdames et Messieurs les présidents des Institutions,

Mesdames et Messieurs, Chère famille des Lusignan,

Ce jour, nous rendons hommage aux victimes des génocides de tous les chrétiens de l’Empire ottoman : un crime crapuleux car il fallait voler leur terre et leurs biens, les éliminer totalement pour faire place à une Turquie raciste, sunnite et purifiée des « infidèles ».
En 1915 s’est effectuée la plus grande épuration ethnique du début du XXe siècle.

Les Arméniens donnent la date symbolique du 24 avril 1915, c’est en fait en 1894 -1896 que débutèrent les premiers massacres du sultan rouge Abdul Hamid. Excédé par les pressions européennes, refusant d’apporter des réformes sur lesminorités qui vivaient, toutes avec un statut de semicitoyen, il fait assassiner 300 000 Arméniens !

Toute la classe politique française se dresse contre l’horreur de ces crimes :Anatole France, Jean Jaurès,Georges Clémenceau, Aristide Briand, Georges Duhamel, Romain Rolland, Denys Cochin, Francis de Pressensé… Je reprendrais les paroles prophétiques de Jean Jaurès : « L’Humanité ne peut pas vivre avec le cadavre du peuple arménien assassiné dans sa cave » mais aussi « Il faut arrêter les Turcs, car sinon ils iront encore plus loin ! », « La France ne peut pas être complice des Turcs ». Rien n’y fit car les intérêts de la France avec la Banque Ottomane étaient trop forts !

Enfin ce sultan sanguinaire est destitué. Un groupe constitué de Talaat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha prend le pouvoir, crée le Comité Union et Progrès, appelé Jeunes Turcs, promet des réformes. C’est la liesse à Istanbul. Arméniens, Grecs, Juifs défilent avec des banderoles. Mais fièvre ultra nationaliste et raciste s’empare de ce Triumvirat diabolique et ce sont les massacres d’Adana avec 30 000 victimes en 1909.

L’Empire ottoman se démembre. Les balkans se soulèvent, les pays, un par un recouvrent leur liberté, l’insupportable affront est la victoire des Grecs sur les troupes ottomanes. Et aussi la défaite de Sarikamich sur le front russe. Les chrétiens sont les coupables ! L’ennemi intérieur est désigné, le Djihad, la guerre sainte contre les chrétiens est déclarée. Des plans de survie sont discutés au sein des Jeunes Turcs : une fédération avec tous les peuples : Arméniens, Grecs, Assyro-Chaldéens, Kurdes ? Pas question ? Plutôt tous les supprimer ! La guerre de 1914 éclate. Tous les occidentaux ont les yeux tournés ailleurs.

Alors le plan de destruction massive mûrement réfléchi est froidement exécuté : le 24 avril 1915, 600 intellectuels d’Istanbul sont déportés et tués, les soldats chrétiens de
l’armée ottomane désarmés et tués par petits groupes. Bientôt il ne restera plus que les femmes, les enfants et les vieillards : il faut les dépouiller, les déporter, les éloigner du champ visuel et les exterminer de toutes les morts possibles : brûlés par milliers dans leurs églises, jetés dans l’Euphrate pour économiser les balles. Les bandits des
prisons et les Kurdes nomades sont excités et lâchés sur les convois. Les viols, les égorgements, les rapts d’enfants et de jeunes femmes… rien n’est épargné. Des centaines de kilomètres de marche forcée et ce sont les déserts de Syrie, Deir el Zor, le Auschwitz des Arméniens qui sera le terminus et là les survivants sont précipités dans les ravins.

Il aura donc fallu plus de 20 ans, de 1894 à 1916, pour diaboliser toutes les populations musulmanes et leur permettre de déraciner les Arméniens et détruire leurs 2 000 églises. A l’issue de ce carnage, périrent 1 500 000 Arméniens, mais aussi 350 000 Grecs Pontiques, 250 000 Assyro-Chaldéens, 100 000 Syriaques chrétiens… soit plus de 2 200 000 chrétiens.

1918 : fin de la guerre. La Turquie est vaincue. Un tribunal ottoman encadré par les Alliés juge les Jeunes Turcs et les condamne à mort. Ceux-ci fuient en Allemagne où le pire d’entre eux, Talaat, sera abattu par un Justicier arménien, que le tribunal allemand graciera !

1923 : Kémal Ataturk également dans le Comité Union et Progrès, crée la République de Turquie, et ne peut construire sa république que sur les ruines et les richesses des chrétiens. C’est avec ces cadres criminels qu’il donne le dernier coup de grâce en écrasant lesminorités survivantes d’impôts : 280% pour les Arméniens, 250 % pour les Grecs, 230 % pour les Juifs…et 3%pour lesMusulmans. C’est l’exode des derniers survivants vers la Grèce, puis vers la France, et ailleurs…c’est la vague migratoire des années 1930 dont fait partie la majeure partie de la diaspora actuelle…dont mes parents !

Sous les yeux des militaires allemands, coupables de passivité, les Turcs ont tout inventé : les brigades spéciales, les assassinats par petits groupes, les convois de la mort
par train, la déportation, les camps de concentration, la destruction par le feu, le génocide par balles…
Ce plan d’épuration ethnique a bien marché : la Turquie est ainsi passée de 30%de population chrétienne à 0,01%. Elle a retrouvé une unité sunnite homogène : les visions ultranationalistes se sont accomplies : la Turquie est purifiée ! Et le temps viendra pour purifier encore plus ce pays des autres musulmans : les Kurdes, de culture différente !

Hitler prendra exemple sur ces plans d’extermination : « Qui se souvient du massacre des Arméniens » dira-t’il devant le Parlement allemand. Ainsi, le Reich sera lui aussi
purifié de la vermine juive comme le fut l’empire ottoman de ses impurs déchets qu’étaient les Chrétiens.

Le Saint-Père François a reconnu le 12 avril 2015 le génocide des Arméniens : « La mémoire est un devoir, car là où il n’y a plus de mémoire, cela signifie que le mal tient encore la blessure ouverte, et qu’elle continue à saigner, sans être pansée ».

La Turquie, cent ans après, nie encore l’évidence, car elle sait qu’elle peut toujours faire jouer les intérêts économiques, et étouffer ainsi les élans de justice. Pire, elle poursuit les mêmes plans qu’en 1915, en aidant les groupes terroristes à poursuivre envers les chrétiens et les Kurdes le sale travail de déracinement !

Je terminerais avec la citation de Willam Saroyan, grand écrivain arméno-américain : « Ils ont voulu nous enterrer mais ils ne savaient pas qu’ils enterraient des graines. Et
ces graines ont poussé et nous sommes là » Et oui, les criminels Jeunes Turcs se sont trompés : les Arméniens avec leurs frères Assyro-Chaldéens, Grecs Chypriotes, Syriaques, Coptes…se recueillent et prient pour leur survie, pour leur renaissance car ils sont bien vivants !

Antoine BAGDIKIAN
25 octobre 1915 – Basilique de Saint-Denis

Photographes : Armand Cicek AC, Krikor Djirdjirian KD
Reportage et assemblage des photos réalisés par Antoine Bagdikian – antoinebagdikian@wanadoo.fr
ANACRA – 34, avenue des Champs-Elysées – 75008 Paris – www.anciens-combattants-armeniens.org

Télécharger le document complet au format PDF en cliquant ici ou sur le lien ci-dessous :

ANACRA à la basilique de Saint-Denis au format PDF




Patrick Devedjian : « La propagande négationniste est totalement invivable »

MM. Patrick Devedjian et Jean-Jacques Saradjian

MM. Patrick Devedjian et Jean-Jacques Saradjian

Discours de M. Patrick Devedjian, Président du conseil général des Hauts-de-Seine, lors de la fête champêtre du 16 juin 2013 au collège Samuel Moorat

 

 

"Je vais répondre à votre question, chers amis.

Tout d’abord, cela dépend de la communauté arménienne pour l’essentiel, comme d’ailleurs tout ce qui a pu être fait dans la progression de la communauté et de la cause arménienne. Moi je veux dire deux choses.

Je suis très heureux d’être ici. J’y viens très rarement, la dernière fois que j'y suis venu c'était  il y a un peu plus de 20 ans. La première fois c’était en 1955 donc c’est assez loin. Mais finalement , ce lieu qui est plein de souvenirs et qui pour moi d’ailleurs est fondateur de mon identité arménienne. C’est ici que j’ai appris profondément ce que c’était que d’être arménien. J’en suis reconnaissant aux pères qui m’ont appris ça parfois un peu sévèrement mais c’est resté. Et dans le fond, cet endroit n’a pas beaucoup changé. Je le dis parce que c’est bien pour la nostalgie de retrouver ses repères dans un lieu de mémoires mais je le dis aussi d’une manière un peu critique par la difficulté qu’ont les Arméniens à faire évoluer les choses et à faire avancer leurs projets.

Et donc, je suis heureux qu'il nait cette idée d’une fondation pour y faire, André (Santini ndlr), non pas seulement un monument, un monument, oui, mais surtout un musée du génocide pour répondre à la propagande négationniste qui pour nous, est totalement insupportable et invivable. Totalement invivable.

On a beau dire, on a beau faire, on ne s’y habitue pas. On ne s’habitue pas au négationnisme, au fait que nous ne sommes pas arrivés pour la plupart d’entre nous en France par hasard, nous sommes arrivés en France à la suite d’un grand malheur qui est arrivé pendant la première guerre mondiale, le génocide dans lequel nos parents ont été les victimes parce que, ils étaient les alliés de la France. Il ne faut pas que les Français d’origine l’oublient et il ne faut pas que les Arméniens l’oublient non plus. Nous sommes morts pour la France pour ceux d’entre nous qui ont disparus, nous sommes morts pour la France. Et donc, dans cette terre qui nous a  accueillis aussi avec générosité et dont la générosité continue à travers ses élus, à travers ce qu’ils font, nous voulons simplement que dans notre identité de citoyen français, notre origine soit préservée dans son identité, sans vanité, sans orgueil.

Simplement parce que c’est fondamental pour notre dignité simplement et je crois aussi pour la dignité de la France. Parce que la France avait écrit le 24 mai 1915, un mois après le début du  génocide, la France avait écrit, c’est son honneur, elle avait écrit que la Turquie qui commettait un crime de guerre, un crime contre l’humanité et c’était la première fois que le concept apparaissait dans la diplomatie et dans le droit international « La Turquie devrait rendre compte après la guerre de cet immense crime contre l’humanité ». C’est la France qui avait fait ça et c’est son honneur et c’est aussi pour ça qu’on l’aime et c’est pour ça que dans la souffrance on est venu vers elle et c’est pour ça qu’on est attaché aussi à ce que son honneur soit intact.

Donc nous voudrions  que dans ce pays qui nous a accueillis, nous soyons en mesure de répondre par des preuves, par des actes, par des témoignages, par mille choses, de cette histoire qui fait l’origine de notre présence ici. Et donc en ce lieu, celui du baron Bacler d’Albe, le peintre et géographe de Napoléon, c’était un géographe, cartographe, dans ce lieu qui est déjà un lieu historique de la France. Et puis c’est bien aussi que la cartographie puisse s’étendre jusqu’à l’Arménie. Nous voudrions faire un centre de documentation, un musée du génocide. Il y en a un naturellement à Tzitzernagapert, beaucoup d’entre vous le connaisse, y sont allés mais nous voudrions ici pour la diaspora, qu’il y en ait un dans ce lieu de communication intense, dans ce lieu emblématique intense qu’est la France, ici à Sèvres où a été signé le traité de Sèvres « qui ressuscitait l’Arménie », « qui ressuscitait l’Arménie » et qui a été trahie en moins de trois ans. Il faut moins de trois ans pour un homme politique pour renier sa signature, même pas sa parole, sa signature, dans ce lieu de Sèvres si emblématique de notre histoire et de l’injustice que nous avons subie. Nous voudrions qu’il y ait cette réponse documentée au négationnisme odieux dont nous continuons à être les victimes persécutées.

Et donc, bien sür, les élus nous suivent parce qu’ils connaissent l’histoire. Les Arméniens sont un peu les casse-pieds, ils ne laissent à personne ignorer leur histoire. Mais vous avez donc été obligé de l’apprendre vous qui êtes élus les uns et les autres mais nous voulons qu’ici, si on veut savoir, il n'y a pas d’endroit en France, faut faire des recherche énormes. Si on veut savoir il faut qu’il y ait un endroit où on a tout pour savoir de manière facile et simple.

Vous savez, il n'y a pas un français sur mille qui sait que l’Arménie a été sous mandat français à partir de 1916 avec un haut commissaire en Arménie qui s’appelait M. Georges-Picot et que les Arméniens étaient réfugiés à partir de 1916 sous le drapeau français ont constitué une légion arménienne qui a combattu aux côtés de l’armée française, il n'y a pas un français sur mille qui sait cela. Et c’est l’histoire de France !

C’est l’histoire de l’Arménie mais c’est l’histoire de France. Et donc nous voulons qu’il y ait un endroit là qui permet d’accéder facilement pour tout le monde et aux gens honnêtes qui veulent s’informer de le trouver. Ça dépend d’abord de la communauté arménienne, si vous êtes incapable de vous mobiliser, n’attendez rien des autres. Vous pouvez demander aux autres si vous vous levez vous-mêmes. Et malheureusement, chez les Arméniens, les choses sont toujours très lentes, mon cher André, très lentes. Malgré la bonne volonté de leurs amis qui est manifestée par leur présence ici, aujourd’hui mais qui constamment les accompagne sur le chemin. Je dis à la communauté arménienne qu’elle doit se mobiliser. Elle a commencé à le faire, nous n’avons pas obtenu la reconnaissance du génocide arménien par hasard, nous continuons à nous battre contre le négationnisme mais le combat continue.

C’est un combat éternel mais vous avez l’habitude, vous êtes un peuple de survivants, vous êtes un peuple qui a connu un très long martyrologue, de très grandes difficultés. Vous êtes arrivés dans ce pays dans la misère, vous êtes arrivés dans ce pays dans le dénouement absolu, vous êtes devenu des citoyens à part entière comme les autres. Vous avez le droit de citer, vous êtes reconnus pour ce que vous êtes dans votre identité. C’est une belle victoire : « La victoire de l’intégration ». C’est une victoire pour la France et une victoire pour vous, une victoire des deux mais rien n’est terminé, le combat continue.

Texte depuis la source vidéo dans son intégralité : Jean-Jacques SARADJIAN

Sources vidéo & photo : Armand CICEK