Charles AZNAVOUR

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La AZNAVOUR STORY !

Jacques Bonnadier, Charles Aznavour et Richard Findykian

– Jacques Bonnadier : Mouriès. Les Alpilles
Commençons par le présent. Où sommes-nous ? Présentation du mas, du domaine. Qu’est-ce qui vous amené à l’acquérir ? Y passez-vous beaucoup de temps ? Quelles y sont vos occupations ? Découverte des Alpilles ? Les connaissiez-vous avant de venir y demeurer ? Les charmes du pays à vos yeux ? Regroupements familiaux ? Relations amicales ? : il y a beaucoup d’artistes dans le coin, vous voyez-vous beaucoup entre vous ?… Pas de travail professionnel : écriture, composition ? Le repos ? Le farniente ? Ou bien le jardinage ?

Le soin des oliviers, par exemple ? Combien avez-vous d’oliviers ? De quelles variétés ? Suivez-vous de près leur production ? Participez vous aux olivades ? A quel moulin apportez-vous vos olives ? En extrayez-vous votre huile personnelle ? De quel fruité s’agit-il ? Vous sentez-vous une âme d’oléiculteur ? Quelles joies en retirez-vous ? Quels sentiments l’olivier, l’olive, l’huile vous inspirent-ils ? Et le culture provençale, dans laquelle baigne tout ce « triangle d’or » ? Avez-vous transmis à vos enfants et petits-enfants votre attachement à ce « pays » ?
Votre maison. Ancienne ? Grande ? Pas une maison « de campagne », j’imagine ? Comment l’avez-vous meublée ? Elle est peuplée, je crois, de nombreux souvenirs. Quels sont ceux qui sont pour vous les plus évocateurs, ceux qui vous rappellent les moments les plus heureux de votre vie ?…

« Je voudrais vivre jusqu’à 120 ans », disiez-vous. Pour l’heure vous n’en avez « que » 90 et vous n’êtes pas près, que je sache, d’arrêter le métier. Si, par extraordinaire, vous envisagiez de prendre un peu de repos – je ne dis pas de « retraite » – est-ce ici dans les Alpilles que vous choisiriez de vivre ?

Charles Aznavour :

– J B : L’Arménité
Il y a 80 mille ou 90 mille Arméniens dans les Bouches-du-Rhône. Vous êtes, quelques semaines ou mois par an, l’un de ceux-là. Quels sont vos liens avec les membres de cette communauté à Marseille et dans le département ? Vous devez être très sollicité…
Voulez-vous évoquer pour nous votre origine : l’arrivée à Paris, en 1923, de vos parents Mischa Aznavourian, chanteur baryton et Knar Baghdassarian, comédienne, avec leur fille Aïda, … Comment avaient-ils échappé au génocide de 1915 ? Et leurs propres parents ? Quelle avait été leur vie après ? Débarqué en France, envisageaient-ils d’y rester, de s’y installer ? Est-ce votre naissance le 22 mai 1924 qui les a persuadés d’y demeurer ?

Vos parents conservaient-ils coutumes et traditions diverses de leur culture d’origine. Je pense notamment à la musique arménienne, à la poésie et à la littérature arménienne ? Apparteniez-vous à un groupe artistique de musique ou de chant ? Vous auriez pu jouer du doudouk ou du Kanoun ! Chanter du Komitas !

Vous parlaient-ils souvent du génocide, à vous et à votre soeur Aîda (née en 23 à Salonique). Que souhaitaient-ils que vous en sachiez ? En quels termes vous en parlaient-ils ? Vous faisaient-ils part des sentiments que leur inspiraient les auteurs des « massacres » ? Qu’est-ce que ces informations suscitaient en vous, à l’âge de l’enfance ? Et ensuite, comment vous êtes vous informé de ces événements ?

Et cependant, vous ne vous être rendu en Arménie qu’en 1963 ? Pourquoi si tardivement ? Avez-vous quelque appréhension particulière ? Peut-être celle d’un choc affectif terrible de fouler la terre de vos aïeux martyrisés… Vous y êtes-vous retourné souvent depuis ? Y avez-vous chanté ? Votre épouse, vos enfants connaissent-ils le pays ? En parlez-vous souvent avec eux ? Que leur en dites-vous ?

Vous êtes un homme de paix. Quelle est la forme de votre engagement aujourd’hui vis-à-vis de la reconnaissance du génocide des Arméniens ? Avez-vous des contacts avec les intellectuels qui, en Turquie, oeuvrent au rapprochement des deux peuples et des deux pays. Je pense à mon confrère Hrank Dink, assassiné le 19 janvier 2007 à Istanbul, qui a payé de sa vie sa volonté de ne pas céder le terrain de l’avenir, celui du dialogue, à celui de la méfiance et de la peur… Que faire ? Que dire aux Arméniens de France, blessés eux-mêmes de n’être pas entendus ? Quelle est votre espérance à vous ?

90% des Arméniens dans notre région sont des fidèles de l’Eglise apostolique arménienne rattachée au Saint Siège d’Etchmiadzine. On dit que l’Eglise est « l’âme vivante de la patrie absente » ? Etes-vous de cette confession ? Y avez-vous été baptisé ? En êtes-vous un fidèle régulier ? A Marseille, on estime à 15% seulement le nombre de ses pratiquants réguliers. Le lien qui attache les Arméniens à l’institution serait plus d’ordre culturel que religieux ? Qu’en est-il pour vous, personnellement ?
Me permettez-vous de vous demander, si ce n’est pas indiscret, quelle est votre foi ? Vous revendiquez-vous chrétien ?

 

Un grand merci à Richard FYNDIKIAN pour la réalisation de cette interview

 

 

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