Éclipses à venir : vos lunettes du 12 août 2026 sont-elles déjà bonnes pour la poubelle ?

Éclipses à venir : Vos lunettes du 12 août 2026 sont-elles déjà bonnes pour la poubelle ?

Après le spectacle céleste du 12 août, une question revient dans de nombreux foyers : faut-il conserver ses lunettes d’éclipse pour une prochaine observation, ou mieux vaut-il les ranger définitivement au musée des souvenirs ? Les recommandations de Benoît Reeves invitent à la plus grande prudence.

Éclipse solaire du mercredi 12 août 2026

Éclipse solaire du mercredi 12 août 2026

Le 12 août 2026 restera dans les mémoires des passionnés d’astronomie. De l’Islande à l’Espagne, en passant par le Groenland et plusieurs régions d’Europe, des millions d’observateurs ont levé les yeux vers le ciel pour assister à l’un des grands rendez-vous astronomiques de l’année : une éclipse solaire totale.

Pour beaucoup, l’événement s’est accompagné d’un petit objet devenu presque aussi emblématique que l’éclipse elle-même : les fameuses lunettes solaires en carton ou en plastique, indispensables pour observer le Soleil sans mettre ses yeux en danger.

Une fois l’éclipse passée, une question très simple se pose : peut-on conserver ces lunettes et les réutiliser lors d’une prochaine éclipse ?

La réponse mérite quelques nuances. Et lorsqu’il s’agit de regarder directement le Soleil, mieux vaut privilégier la prudence.

« Il est imprudent de réutiliser des lunettes pour des éclipses »

Benoit ReevesNous avons recueilli les recommandations de Benoît Reeves, fils de l’éminent astrophysicien Hubert Reeves et lui-même conférencier scientifique, qui observe depuis de nombreuses années les phénomènes célestes et partage cette passion pour l’astronomie.

Son conseil est sans ambiguïté :

« Il est imprudent de réutiliser des lunettes pour des éclipses, car les surfaces protectrices des verres peuvent facilement se rayer et laisser passer la lumière du Soleil, même par petits interstices. »

Et Benoît Reeves ajoute une idée aussi prudente que poétique : plutôt que de les remettre sur le nez lors d'une prochaine éclipse, il préfère les conserver comme des souvenirs.

« Il est donc préférable de les conserver à titre de pièces de collection, ce que je fais avec bonheur depuis l’éclipse de 1999, ce qui me fait 6 paires avec celle-ci que nous avons eue en Islande ce 12 août 2026. »

Voilà qui transforme de simples lunettes d’observation en véritables petits témoins de l’histoire astronomique.

Des lunettes qui ne sont pas de simples lunettes de soleil

Éclipse solaire du mercredi 12 août 2026Éclipse solaire du mercredi 12 août 2026

Pourquoi une telle prudence ?

Parce qu’une paire de lunettes destinée à observer une éclipse n’a absolument rien à voir avec des lunettes de soleil classiques.

Le rayonnement solaire est extrêmement intense. Une paire de lunettes de soleil, même très foncée, ne constitue pas une protection suffisante pour regarder directement notre étoile. Les lunettes spécialement conçues pour les éclipses utilisent un filtre solaire capable de réduire considérablement les rayonnements visibles, ultraviolets et infrarouges.

La norme internationale de référence est ISO 12312-2, consacrée aux filtres destinés à l’observation directe du Soleil. L’American Astronomical Society rappelle que les lunettes conformes à cette norme doivent notamment assurer une transmission extrêmement faible de la lumière et respecter des exigences précises concernant les rayonnements UV et infrarouges.

Autrement dit, ce qui protège l’œil n’est pas le carton de la monture, ni son aspect très sombre, mais le filtre solaire lui-même.

Et c’est précisément là que se situe le problème de la réutilisation.

Le danger peut être invisible

Une paire de lunettes peut paraître parfaitement correcte à première vue et pourtant avoir subi une détérioration.

Une rayure, une perforation, une déchirure ou un décollement du filtre peut compromettre sa capacité de protection. L’American Astronomical Society recommande d’ailleurs de jeter immédiatement tout filtre présentant une rayure, une perforation, une déchirure ou un défaut de fixation.

La NASA adopte la même prudence : avant chaque utilisation, les lunettes doivent être inspectées et tout modèle présentant des dommages doit être écarté.

Le problème est donc moins celui du vieillissement théorique du produit que celui de son état réel.

Des lunettes qui ont passé plusieurs années dans un tiroir, une boîte, une voiture ou un grenier peuvent avoir subi des contraintes mécaniques, de l’humidité, des frottements ou des variations de température.

Et une toute petite détérioration du filtre peut suffire à faire perdre la confiance que l’on peut avoir dans sa protection.

1999 : près de trois décennies plus tard

La question est particulièrement intéressante pour tous ceux qui ont conservé leurs lunettes de l’éclipse du 11 août 1999.

À l’époque, des millions de Français avaient acheté ou reçu ces lunettes devenues depuis de véritables souvenirs.

Vingt-sept ans plus tard, certains les ont ressorties à l’occasion de l’éclipse du 12 août 2026.

Mais une paire de lunettes conservée depuis 1999 ne doit surtout pas être considérée comme automatiquement sûre sous prétexte qu’elle semble intacte.

Les recommandations actuelles insistent sur la provenance du produit, sa conformité à la norme applicable et surtout son état physique.

Pour Benoît Reeves, la solution est simple : les garder comme souvenirs plutôt que prendre le moindre risque avec sa vue.

Son propre témoignage est particulièrement parlant : il conserve depuis 1999 ses différentes paires et vient d’en ajouter celles utilisées en Islande le 12 août 2026.

Une collection astronomique qui raconte, à elle seule, plusieurs décennies d’observation du ciel.

Mais alors, peut-on réellement réutiliser des lunettes récentes ?

C’est ici qu’il faut apporter une nuance importante.

La réponse n’est pas nécessairement « jamais ».

L’American Astronomical Society indique que des lunettes peuvent être réutilisées lorsqu’elles sont relativement récentes, que leur fabricant a fait vérifier leur conformité par un laboratoire compétent et qu’elles sont parfaitement intactes : pas de rayure, pas de déchirure, pas de perforation, pas de décollement du filtre.

La même organisation précise qu’il n’existe pas une date d’expiration universelle permettant de dire qu’une paire devient automatiquement dangereuse après un nombre déterminé d’années. Certaines anciennes recommandations mentionnant trois ans ne correspondent pas nécessairement aux produits récents conformes aux standards actuels.

Mais cela ne signifie pas qu’il faut ressortir n’importe quelle paire trouvée dans un tiroir.

La provenance compte énormément.

Quelles marques choisir ?

Pour ceux qui prépareront déjà la prochaine éclipse, il existe plusieurs fabricants spécialisés dans les filtres solaires.

L’American Astronomical Society publie notamment une liste de fabricants dont les produits ont été vérifiés au regard des exigences de sécurité applicables aux lunettes et dispositifs d’observation solaire. On y trouve notamment American Paper Optics, Rainbow Symphony, Baader Planetarium/AstroSolar, Lunt Solar Systems, Thousand Oaks Optical, DayStar Filters ou encore Seymour Solar.

Cette liste ne constitue pas un classement commercial : les fabricants y sont présentés par ordre alphabétique et non selon une préférence particulière.

Le consommateur doit également se méfier des produits vendus sur des marketplaces sans traçabilité claire. L’AAS recommande de privilégier les fabricants reconnus ou leurs revendeurs officiellement identifiés.

Le simple fait de voir la mention « ISO 12312-2 » imprimée sur une paire de lunettes ne devrait donc pas suffire à rassurer l’acheteur : l’origine du produit et la fiabilité du fabricant sont essentielles.

Une règle d’or : au moindre doute, on jette

Pour le grand public, le conseil le plus simple reste probablement le meilleur.

Avant toute observation solaire, inspecter minutieusement les filtres.

Pas de rayure.

Pas de pli important.

Pas de trou.

Pas de déchirure.

Pas de décollement entre le filtre et la monture.

Pas de doute sur l’origine ou la conformité du produit.

Si l’un de ces éléments pose problème, les lunettes doivent être abandonnées.

La NASA rappelle également qu’il ne faut jamais utiliser des lunettes d’éclipse devant un appareil optique — appareil photo, jumelles ou télescope — en pensant que les lunettes placées devant les yeux suffiront à protéger l’observateur. Les rayons concentrés par ces instruments peuvent endommager le filtre et provoquer une blessure oculaire grave. Pour les instruments astronomiques, un filtre solaire spécifiquement conçu doit être installé à l’avant de l’instrument.

Des lunettes à conserver… mais pas forcément à réutiliser

Alors, que faire de ses lunettes du 12 août 2026 ?

La réponse de Benoît Reeves offre finalement un compromis élégant : ne pas les jeter, mais ne pas nécessairement les réutiliser.

Elles peuvent devenir des souvenirs.

Dans quelques années, une paire portant la date du 12 août 2026, avec éventuellement le lieu d’observation inscrit sur la monture, racontera une expérience qui ne se reproduira pas avant longtemps.

Pour certains, elles rejoindront une collection. Pour d’autres, elles seront glissées dans un album photo, conservées avec des billets d’avion ou une photographie de l’éclipse.

C’est précisément le choix de Benoît Reeves, qui conserve ses lunettes depuis l’éclipse de 1999 et vient désormais d’ajouter celles utilisées en Islande.

La sécurité avant la nostalgie

L’éclipse solaire est un spectacle exceptionnel, mais elle ne doit jamais faire oublier une règle fondamentale : le Soleil ne pardonne pas une mauvaise protection.

Les lésions rétiniennes provoquées par une observation solaire inadéquate peuvent être graves et parfois irréversibles. La difficulté est qu’une atteinte peut ne pas être immédiatement ressentie : l’absence de douleur au moment de l’observation ne signifie donc pas que l’œil n’a subi aucun dommage.

C’est pourquoi, lorsqu’une paire de lunettes est ancienne, abîmée ou simplement douteuse, mieux vaut ne pas prendre le risque.

La prochaine fois que nous regarderons le ciel, il sera toujours temps de nous procurer une nouvelle paire certifiée.

Quant à celles du 12 août 2026, elles peuvent tranquillement rejoindre celles de 1999 dans une boîte à souvenirs.

Car après avoir protégé nos yeux pendant quelques minutes, elles peuvent désormais protéger quelque chose d’autre : la mémoire d’un grand rendez-vous entre la Terre, la Lune et le Soleil.

Les prochaines éclipses solaires

Éclipse solaire du mercredi 12 août 2026Éclipse solaire du mercredi 12 août 2026

Le prochain grand rendez-vous sera une éclipse solaire annulaire le 6 février 2027, visible notamment dans certaines régions d’Amérique du Sud et d’Afrique. Puis viendra l’un des événements astronomiques les plus attendus en Europe : le 2 août 2027, une éclipse solaire totale traversera notamment le sud de l’Espagne ainsi que le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Yémen. Une partie de l’Europe connaîtra également une éclipse partielle. Ces dates et zones de visibilité sont confirmées par la NASA.

Pour ces prochains rendez-vous solaires, la règle reste inchangée : jamais d’observation directe du Soleil sans filtre solaire approprié. Les lunettes du 12 août 2026 ne doivent donc être réutilisées que si elles répondent aux critères de sécurité applicables et sont parfaitement intactes ; dans le doute, mieux vaut les conserver comme souvenirs et utiliser une nouvelle paire fiable.

Les prochaines éclipses lunaires

Éclipse lunaire du mardi 3 mars 2026Éclipse lunaire du mardi 3 mars 2026

Les amateurs de Lune auront également de nombreux rendez-vous. Une éclipse lunaire partielle aura lieu le 28 août 2026, visible notamment depuis l’Europe, l’Afrique et les Amériques. Suivra une éclipse lunaire pénombrale le 20 février 2027, visible notamment depuis les Amériques, l’Europe et l’Afrique. La NASA recense également les prochaines éclipses lunaires et leurs zones de visibilité.

Contrairement aux éclipses solaires, les éclipses lunaires ne nécessitent aucune lunette spéciale : regarder la Lune pendant son passage dans l’ombre de la Terre ne présente pas de danger pour les yeux. Les lunettes solaires d’éclipse peuvent donc rester dans leur boîte pendant ces rendez-vous.

Pour les passionnés d’astronomie, le calendrier est donc particulièrement riche. Mais une distinction essentielle doit rester en tête : les lunettes d’éclipse sont destinées à observer le Soleil, pas la Lune. Pour chaque éclipse solaire, une protection adaptée, fiable et en parfait état reste indispensable ; pour une éclipse lunaire, il suffit simplement de lever les yeux vers le ciel.

Autant de raisons de conserver précieusement le souvenir de 2026… mais, pour observer à nouveau le Soleil, de prévoir des équipements de protection fiables et en parfait état.

 

Jean-Jacques Saradjian

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