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Occidentaux ou orientaux , ils parlent le français, l’anglais, l’italien , le turc ,.. » le russe et puis l’arménien » (Charles Aznavour)…

Le 01/03/2021 | Par | Catégorie: ART & CULTURE



ORTHOGRAPHE DE L’ARMÉNIEN ORIENTAL

Depuis l’indépendance de l’Arménie en 1991 (30 ans déjà !), certains en diaspora attendent encore qu’on rétablisse là-bas l’orthographe classique, c’est-à-dire celle utilisée en arménien occidental dans la diaspora et en arménien classique. Ses défenseurs affirment qu’elle est plus riche et plus fidèle à la langue étymologiquement et historiquement que celle actuellement utilisée en Arménie. Toutefois ce retour aux sources n’est pas simple à réaliser et ne fait pas l’unanimité, loin de là, notamment chez les Arméniens d’Arménie qui sont les principaux intéressés, car ils sont dorénavant habitués et attachés à leur nouvelle orthographe.

L’orthographe avait changé en Arménie suite à la réforme de 1922 (révisée en 1940). Elle avait pour but de simplifier l’écriture en la rendant phonétiquement plus proche de la langue (elle s’appelle d’ailleurs « orthographe phonétique »). Il est vrai que cette réforme s’était faite à l’époque sans tenir compte de l’avis de la diaspora, mais le fait est que depuis 1922 toutes les générations de l’Arménie utilisent cette orthographe et des millions de livres ont été édités depuis. De plus les très nombreux Arméniens vivant en Russie ou dans les autres républiques de l’ex-URSS et aussi les très nombreux Arméniens récemment installés aux États-Unis et en Europe (venus d’Arménie) la pratiquent aussi. Il faut reconnaître que cette réforme a bien marché dans son ensemble malgré quelques petits défauts, comme le problème des homonymes. Il faut dire aussi que l’arménien oriental a connu depuis 1918, grâce à l’environnement normal d’un Etat, un essor sans précédent. Ce n’est plus aujourd’hui la langue de Hovannès Toumanian ou de Ghazaros Aghayan du début du siècle.

Rappelons que l’orthographe russe a subit aussi un sérieux remaniement après la révolution et personne ne parle aujourd’hui en Russie de retour en arrière.

Les rumeurs d’un changement de l’orthographe ne m’avaient jamais préoccupé outre mesure, d’ailleurs, comme tout Arménien occidental et ex « akhpar » (rapatrié de la diaspora), j’étais plutôt favorable, jusqu’au jour (en début 1996) lorsqu’on m’a demandé de concevoir, avec mon épouse, « L’arménien sans peine » (arménien oriental) pour la méthode Assimil. Nous avons alors demandé à des personnes compétentes en Arménie leur opinion à ce sujet. À notre grande surprise, tous ont répondu être contre ce retour. Nous avons constaté que contrairement à la diaspora, les partisans du retour ne représentent, en Arménie, qu’une infime minorité. On estime là-bas que l’orthographe actuelle a fait ses preuves et que tout retour en arrière serait une régression. Sans compter qu’elle ferait retourner trop de monde… à l’école ! De ce fait, nous n’avions pas d’autre choix, pour notre livre, que d’utiliser l’orthographe en vigueur, dans la loi comme dans les faits, en Arménie.

En théorie, si changement devait se faire, il aurait du se faire durant la présidence du premier président de la République d’Arménie, Levon Ter-Petrossian (1991-1998). D’abord parce qu’il est originaire de la diaspora et que contrairement à ses successeurs, qui sont russophones, il a fait ses études en arménien et possède des bonnes connaissances linguistiques. Il a été chercheur au Matenadaran. « Un akhpar Président de l’Arménie, c’est inimaginable », m’avait dit à l’époque son frère Telman. Effectivement, durant le règne soviétique un « akhpar » n’avait même pas le droit de diriger une boulangerie.

Mais au fait… à quand le rétablissement en diaspora des vraies valeurs phonétiques de l’alphabet classique (après tout, c’est peut-être aussi important que l’orthographe), comme en République d’Arménie aujourd’hui et comme au cœur de l’Arménie historique avant 1915 (comme c’était le cas à Van, Chatakh, Bitlis, Mouch, Sassoun, etc.). En rétablissant le triple système d’opposition des consonnes et en remettant à leur place les consonnes sourdes et sonores (quinze au total : b, p et celle avec une valeur intermédiaire entre les deux, d, t et celle avec… etc…) pour arrêter enfin de dire Apraham (au lieu de Abraham), Kakig (au lieu de Gaguik), Atam (au lieu de Adam), Kapriel (au lieu de Gabriel), Taniel (au lieu de Daniel), etc… Alors tous à l’école ?… Cela ne serait sûrement pas raisonnable.

En effet, l’arménien occidental actuel, dont la syntaxe, l’intonation, l’accent et la prononciation proviennent de l’arménien de Constantinople (avec inversion des consonnes sourdes et sonores, disparition des consonnes intermédiaires, etc.), a évolué au cours des siècles. Cependant sa syntaxe est restée proche de l’arménien classique (grabar). De ce fait, il est normal que l’orthographe classique lui soit mieux adaptée. Le fait que la branche occidentale utilise à elle seule l’orthographe classique n’est pas un handicap pour elle. Cette autonomie est peut-être même un avantage et un garant de longévité. N’oublions pas que, depuis le Génocide, l’avenir de l’arménien occidental paraît incertain. D’ailleurs pour remédier à sa fragilité, plutôt que harceler les gens d’Arménie, comme le font certains, ne serait-il pas plus judicieux d’obtenir des autorités arméniennes qu’elles rendent obligatoire dans les écoles l’enseignement de l’arménien occidental, ce qui en même temps les réconcilierait progressivement avec l’orthographe classique, d’autant qu’il existe en Arménie de véritables défenseurs de l’arménien occidental.

Quant à notre ouvrage, « L’arménien sans peine » (arménien oriental), aux éditions Assimil, 1999, réédité en 2001 et 2007, avec la préface de Charles Aznavour, les dessins de Hoviv et les corrections de Jean-Pierre Mahé (membre de l’Institut), nous étions heureux d’apprendre, à sa parution, qu’il avait été très apprécié par d’éminents spécialistes.

Alors comment expliquer que certains (dont un grand parti politique) l’on boycotté dès sa première édition à cause de son orthographe, alors que cette orthographe a force de loi en République d’Arménie ? Et ce depuis… 99 ans !
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Le 5/02/2021

Jean V. Guréghian

source : Arsène Kalaydjian



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