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« Le cavalier blanc  » aux Editions Parenthèses

Le 15/02/2021 | Par | Catégorie: LA CRITIQUE LITTÉRAIRE



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Hamasdegh, Le Cavalier blanc
Traduit de l’arménien par Houri Ipékian

Collection : Diasporales
16,5 × 23 cm, 304 p., 2019.
ISBN 978-2-86364-295-5

« Le village de Hadji Moussa


Le jour suivant, Mardik conduisit ses chèvres sur le flanc de la colline de la forteresse. Indépendamment de sa volonté, il découvrit comme une intimité inconnue entre le soleil et l’abeille. Dans ce paysage en carton, ni le frisson des arbres ni le vol des oiseaux n’avaient plus de secrets pour lui.


Pour la première fois, il venait de remarquer ce matin‑là que sa tante n’avait plus de dents et que ses lèvres lui entraient dans la bouche. C’est dans cet état d’esprit qu’il s’était éveillé, comme un orphelin. Sans savoir pourquoi, dans la perte de Zeynab il ressentait aussi la douleur de la perte de sa mère. Elle avait dû certainement être belle sous les traits de Zeynab.


Même les routes de son enfance lui paraissaient aujourd’hui étrangères. Le village, l’église, les moulins avaient l’aspect des pâtés de sable construits par des enfants au bord d’un ruisseau. Dans toutes ces choses, il sentait sa douleur, lourde comme un cerveau.


Mardik ne demeura pas longtemps sur les pentes. La cape sur l’épaule, les chèvres derrière lui, il se dirigea de nouveau vers les montagnes de Ghamichlou pour retrouver un peu de Zeynab dans le vent et les rochers.


Les débris de sa flûte gisaient encore là, sur la pierre, pareils à un cœur brisé. On sentait dans le vent la chaleur de midi. Des papillons multicolores, aux ailes effilées comme des aiguilles, s’approchaient et s’éloignaient des roseaux longeant le ruisseau. Le bourdonnement d’une guêpe, tournoyant autour du cadavre d’un pigeon sauvage, semblait envahir tout l’espace. Sur les pierres chaudes se dessinait la forme des lézards, exposant leur ventre blanc au soleil, une grenouille montait la garde en coassant.


Pour la première fois, Mardik frémit devant la solitude qui descendait sur les plaines, comme la pâleur de l’automne. Son Printemps joyeux s’était à jamais éloigné de la vallée et, tel un mythe, Zeynab était partout et nulle part.


Sans aucun doute, Como avait gardé dans ses yeux un reflet de Zeynab, comme il conservait celui des lunes évanouies. Il l’appela près de lui, passa sa lourde main sur la tête du chien et le caressa. Como ne comprit pas grand-chose à la tendresse subite de son maître, la seule chose dont il se rendait compte, c’était que Zeynab et son petit chien, avec lesquels ils étaient devenus si bons amis, étaient absents. Il flaira l’air et la terre pour les retrouver, alla jusqu’au bois, aboya et revint en boitillant.


Mardik remonta la vallée avec ses chèvres afin de rencontrer le vieillard légendaire, car son sourire était apaisant. Le vieillard n’était pas dans les environs. Lui aussi avait quitté ces lieux, comme pour rendre la solitude parfaite.


Mardik laissa les chèvres dans la prairie, s’assit sur un rocher au pied de la montagne et songea à quitter son village. Il pouvait dire à sa tante et à Bédo le tisserand qu’il partait pour travailler dans les villages, peut-être irait-il jusqu’à Erzeroum ou jusqu’à Adana  ? Oui, c’est ce qu’il allait leur dire. Mais c’est au village de Hadji Moussa qu’il se rendrait en premier lieu.


Cette pensée prit de plus en plus forme dans l’esprit de Mardik, une seule ombre envahit son corps : la

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