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Le calendrier arménien

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Curieusement, il existe peu de références relatives au calendrier arménien. Qui plus est, quand on en trouve, elles sont souvent contradictoires. A croire qu’aucune étude sérieuse n’a été faite et que chacun y va de sa propre interprétation. Comme c’est l’habitude sur ce site, toutes ces interprétations seront décrites.

On ne peut que lire, ici ou là, que le calendrier arménien « c’est comme le calendrier égyptien ».

Alors, essayons quand même d’en savoir un peu plus sur les origines de ce calendrier. Comme je l’ai dit, les sources d’information sont peu nombreuses et nous nous appuierons sur les dires de Grigor Broutian, auteur d’un ouvrage sur ce calendrier, pour toute la partie ancienne de son évolution.

Pour cette période antique, antérieure à la christianisation des Arméniens, nous sommes en présence de deux grandes hypothèses qui, quelquefois, se ramifient elles-mêmes.

L’hypothèse « classique » :

Selon B.E. Toumanyan, auteur d’un livre sur l’histoire de l’astronomie arménienne, les Arméniens auraient d’abord connu un calendrier Luni-Solaire de type babylonien : année de 12 mois lunaires dont chaque début de mois était annoncé par les prêtres. Ces mêmes prêtres rajoutaient par ci par là un mois supplémentaire pour que le début de l’année reste en coïncidence avec l’équinoxe de printemps. L’année comptait trois saisons de quatre mois chacune et la semaine 7 jours.

Plus tard, en 460 av. J.-C. les Arméniens auraient adopté l’année de type égyptien avec 12 mois de 30 jours plus 5 jours épagomènes qui étaient pour eux des aveliats. Mais, pour garder le « contact » avec le soleil, ils rajoutaient des jours de temps à autre. Et là, il y a à nouveau deux hypothèses.

Le première veut qu’ils rajoutèrent 1 mois de 30 jours tous les 120 ans.

La seconde, soutenue par B.E. Toumanyan, serait qu’ils connaissaient la période sothiaque égyptienne qu’ils auraient appelée Hayja-scirtchan (Cycle de Hayk). ou cycle d’Orion puisque c’était Betelgeuse et non Sirius qui leur servait de repère. A la fin de ce cycle de 1 460 ans, les anciens Arméniens intercalaient une année entière hors nombre.

L’hypothèse « Broutian » :

Selon Grigor Broutian, le premier calendrier arménien aurait été solaire. Les croyances de l’époque en attribuaient la paternité à « Dieu le père » C’était un calendrier de 10 mois de 30 jours. La durée de l’année correspondait à celle pendant laquelle Betelgeuse était visible dans le ciel. Son début correspondait à la semaine avant le solstice d’été c’est-à-dire au lever héliaque de Betelgeuse. Cet événement donnait lieu à une semaine de festivités. L’étoile Betelgeuse disparaît du ciel arménien durant 70 jours. Cette période n’appartenait pas à l’année.

Ce calendrier aurait été modifié en 2341 av. J.-C. L’année aurait alors compté 12 mois. Les 70 jours dont nous venons de parler auraient été intégrés à cette année en étant divisés en deux mois de 30 jours plus les cinq aveliats. Le début de l’année correspondait toujours au lever héliaque de Betelgeuse.


Quand on regarde une carte du ciel on constate, sur l’image du milieu, que Sirius
(constellation du grand chien à gauche) n’est pas très loin de Betelgeuse
(constellation d’Orion à droite). Les débuts de l’année des calendriers égyptien et
arménien antique étaient donc proches.

Ce calendrier seconde génération restera inchangé jusqu’au troisième siècle qui connut la conversion des Arméniens au Christianisme.

Évolution des calendriers antiques :

En 551 ap. J.-C. et à la demande du catholicos (responsable religieux suprême de l’Église arménienne) Movsess Taronatzi, Athanas Taronatzi fixa le début de l’année au 1 du mois de Navarsadi. Ce fut le début de la grande ère arménienne qui correspondait au 11 juillet 552 ap. J.-C. du calendrier julien. Les années ne seraient plus comptées à partir de l’accession des rois au trône. Bien entendu, ce calendrier est aussi « vague » que le calendrier égyptien.

Au VII ème siècle ap. J.-C. et à la demande du catholicos Anastass Akorretzi, c’est Anania Shiraktzi qui tente de « fixer » le calendrier en dressant des tables de 532 ans où sont indiqués les mois et les jours des principales fêtes. Il introduit aussi une année complémentaire. Cette réforme n’est pas validée par l’Église arménienne.

Cependant, certains penseurs arméniens vont utiliser ces tables ce qui va semer une belle confusion.

C’est pour y mettre fin que Jovhannes Sarkavag met en place une seconde série de tables de 532 ans. C’est la naissance de la petite ère arménienne dont le début est fixé au 11 août 1084. Sarkavag supprime l’année complémentaire et la remplace par un jour complémentaire tous les 4 ans qu’il place entre les mois de Mehekan et Areg.

La petite ère ne deviendra jamais très populaire et le calendrier civil continuera à utiliser le principe de la grande ère avec une année de 12 mois de 30 jours + 5 sans jour complémentaire.

Le calendrier grégorien sera adopté, tant pour les usages civils que religieux, le 6 novembre 1923.

Il faut préciser qu’on trouve quelquefois dans certains documents une époque (au sens de « point de départ » d’une chronologie) dont j’avoue que je ne sais ni quand ni comment elle a été utilisée. Elle aurait eu pour date le 11 Août 2 492 av. J.-C. qui correspondrait à la date présumée de la fondation de la nation Arménienne par Hayk.

Prenons maintenant connaissance des noms des mois et des jours des calendriers arméniens ancien et moderne :

Les Mois :

Les noms des mois anciens, selon la légende, porteraient les noms des fils et filles de Hayk. En voici la liste à l’époque où le calendrier débutait au mois d’Août.

Début (date julienne)
Nom du mois
11 août
Navasart
10 septembre
Hori
10 octobre
Sahmi
9 novembre
Dreh
9 décembre
Kaghotz
8 janvier
Aratz
7 février
Mehegan
9 mars
Arek
8 avril
Ahegan
8 mai
Mareri
7 juin
Markatz
7 juillet
Hroditz
6 août
Havelouatz *

* Havelouatz ou aveliats correspond au « mois » des 5 jours épagomènes dont chacun portait, lui aussi, un nom : Pailatzu, Arusiak, Hrat, Lusntag, Everag.

Les noms des mois actuels sont les suivants :

Mois français
Mois arménien
Janvier Hounvar
Février Pedrvar
Mars Mard
Avril Abril
Mai Mayis
Juin Hoonis
Juillet Hoolis
Août Ocosdos
Septembre Sebdemper
Octobre Hokdemper
Novembre Noyemper
Décembre Tegdemper

Les anciens Arméniens ne nommaient pas seulement les mois mais aussi les jours du mois :

Rang du jour
En arménien
1 Arek
2 Hrant
3 Aram
4 Markar
5 Ahrank
6 Mazteh
7 Asdghig
8 Meeher
9 Tsobaper
10 Mourtz
11 Yerazgan
12 Ani
13 Barkhar
14 Vanadour
15 Aramazt
16 Mani
17 Asag
18 Masis
19 Anahid
20 Arakadz
21 Krikour
22 Gortouk
23 Ztmag
24 Lousnag
25 Tzron
26 Nbad
27 Vahakn
28 Sim
29 Varak
30 Kisheravar

Les noms des jours de la semaine :

Jour de la semaine en français
Jour en arménien
Dimanche
Miashapti puis Garagi
Lundi
Yergooshapti
Mardi
Yerekshapti
Mercredi
Chorekshapti
Jeudi
Hinkshapti
Vendredi
Vetshapti puis Ourpat

Dans un premier temps, les jours furent désignés par leur numéro d’ordre (premier, second… ) Shapat désignant le jour de repos. Puis Vetshapti devint Ourpat qui signifie « se préparer à Shapat ». Plus tard encore, Miashapti devint Garagi « le jour du seigneur » et, de ce fait, jour de repos.

Et, pour terminer, les noms des heures qui sont aussi nommées :

Heure (nuit)
Nom
Heure (jour) Nom
18 h 00 Khavarag 6 h 00 Ayk
19 h 00 Aghchamoughch 7 h 00 Tzayk
20 h 00 Mtatzial 8 h 00 Zoratzial
21 h 00 Shaghavod 9 h 00 Jarakaytial
22 h 00 Gamavod 10 h 00 Sharavighial
23 h 00 Pavagan 11 h 00 Yergradess
24 h 00 Khotapial 12 h 00 Shantagogh
1 h 00 Kizag 13 h 00 Hragat
2 h 00 Lousagn 14 h 00 Hourpaylial
3 h 00 Aravod 15 h 00 Taghantial
4 h 00 Lousapayl 16 h 00 Arakod
5 h 00 Paylatzou 17 h 00 Arpogh

Le calendrier liturgique arménien actuel :

Notons tout de suite, en ce qui concerne la liturgie, que le calendrier julien est toujours d’usage à Tiflis et dans le Patriarcat arménien de Jérusalem en raison du  » statu quo des Places Saintes « .

Je vous rassure, nous n’allons pas entrer dans le détail de ce calendrier au point d’expliquer chacun des 365 jours. Ce serait un peu laborieux et, quoiqu’il en soit, nous sortirions du cadre de ce site.

Nous allons donc nous contenter d’en dégager les grands principes et les grands moments. Pour plus de détails, c’est ici.

La particularité du Typikon, puisque c’est son nom (arm. tonatsouits : livre des fêtes), est que toutes les fêtes sont mobiles à l’exception de six qui sont :

l. 6 janvier. La Théophanie et la Nativité
2. 14 février. La Présentation du Seigneur au Temple
3. 7 avril. L’Annonciation de la Sainte Vierge.
4. 8 septembre. La Nativité de la Sainte Vierge.
5. 21 novembre. La Présentation de la Sainte Vierge.
6. 8 décembre. La Conception de la Sainte Vierge.

Pourquoi la mobilité de ces fêtes ? Tout simplement à cause d’une ancienne tradition qui veut que ce calendrier liturgique soit construit autour d’un cycle hebdomadaire dans lequel les fêtes des saints ne peuvent jamais être consacrées le dimanche, le mercredi ou le vendredi. Alors, forcement, il faut déplacer ces fêtes chaque année.

Le cycle hebdomadaire arménien:

La tradition arménienne connaît trois types de commémorations pendant la semaine :

1. Le Terowni (fête dominicale). Tous les dimanches sont consacrés aux fêtes du Seigneur.
2. Les Srbots (fêtes des saints). Les fêtes des saints sont réparties les lundis, mardis, jeudis et samedis. Les jours des saints Notables surviennent un samedi.
3. Les Pahots (jours d’abstinence). Les mercredis et vendredis sont jours d’abstinence, durant lesquels les fêtes des saints ne sont pas commémorées. Le caractère de l’office pendant ces deux jours de la semaine est pénitentiel. Les mercredis sont consacrés à l’Annonciation et à l’Incarnation ; les vendredis à la Crucifixion.

Le cycle annuel arménien:

L’année liturgique de l’Église arménienne est divisée en quatre sections qui, elles-mêmes, définissent huit grandes périodes ou saisons(elles sont indiquées entre parenthèses), à savoir :

1. La Période de la Théophanie ( La Théophanie et la Nativité)
2. La Grande Période de Pâques (Le Carême [les 50 jours de pénitence précédant Pâques] , Pâques, La Pentecôte)
3. La Période de la Transfiguration (La Transfiguration)
4. La Grande Période extra-pascale (Translation de la Mère de Dieu et Exaltation de la Sainte Croix).
On y ajoute L’Avant [ou Cinquantaine : les 50 jours de pénitence précédant la Nativité]

Notons, pour finir, que le tonatsouits comporte 99 jours consacrés à Dieu, 5 à la sainte Mère de Dieu, 120 – 130 aux saints et martyrs, 5 de dédicace (navakatiqh : jeûne de veille de grande fête), et 150-157 de jeûne ou d’abstinence.

Pâques est fêtée le premier dimanche après l’équinoxe du printemps le 21 mars (au plus tôt le 22 mars et au plus tard le 25 avril).

Nous voudrions remercier le site http://www.louisg.net/C_armenien.htm sans qui nous n’aurions pu retrouver les données qui ont été, sans aucune volontée de notre part, supprimées.



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