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Res Publica (la Chose Publique) : De République en République , l’Histoire des pays se construit

Le 18/07/2020 | Par | Catégorie: POLITIQUE



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Le 11 juillet dernier, la chaine de télévision publique arménienne diffusait le discours que le Premier
ministre d’Arménie Nikol (prononcer Nigol,ndlr)  Pashinian adressait aux Arméniens d’Arménie, d’Artsakh et de diaspora.
 
Lors de cette allocution, le premier Ministre évoqua la longue et riche histoire du peuple arménien
des origines à nos jours, rappelant que l’Arménie fut le premier pays à avoir adopté le christianisme
comme religion d’État et qu’elle s’était constituée en royaumes, principautés puis Républiques.
 
Concernant justement la période républicaine, Pashinian parla de la première République puis fit
allusion à ces 30 dernières années particulièrement mouvementées sous les trois présidences
successives.
Force fut de constater, avec grand étonnement, que le Premier Ministre avait
totalement passé sous silence la période de la deuxième République à savoir la période soviétique.
 
Or, peut-on sérieusement présenter l’Histoire de l’Arménie en occultant volontairement 70 ans de
son passé ? Si la Première République fut importante dans l’historiographie arménienne du fait de sa
primauté et de l’engouement qu’elle avait suscité, il ne faut pas oublier ce que Simon Vratsian a écrit
dans son livre L’histoire de la République arménienne : « de la capitale Erevan, les canons turcs
étaient visibles », elle était donc extrêmement fragile.
 
Lorsque le 29 novembre 1920, l’Arménie entrait dans le giron soviétique, le pays était non seulement
exsangue économiquement et humainement mais prêt à être englouti par la Turquie voisine qui
parachèverait ainsi son œuvre génocidaire.
Même s’il ne faut pas glorifier la période soviétique, il ne faut pas non plus aller dans l’excès inverse
qui consisterait à rejeter tout ce que la soviétisation a pu avoir de bénéfique. Le pays connut dès le
départ quelques soubresauts notamment au moment crucial de la conférence de Moscou en février
1921, lorsque Staline, alors commissaire du peuple aux nationalités ,avait réuni la Turquie et les pays
du Caucase pour définir les frontières et où, à Erevan, des « révolutionnaires arméniens » avaient fait
un coup d’État éphémère retirant la légitimité à la délégation arménienne arguant de négocier
directement avec la Turquie.
Ainsi profitant de l’absence des Arméniens, Staline offrit l’Arstakh (Haut-Karbagh, ndlr) à
l’Azerbaïdjan ce qui aura des conséquences douloureuses pour l’Arménie. Malheureusement, ce que
certains considèrent comme une victoire révolutionnaire arménienne se traduisait en réalité par un
coup de poignard dans le dos de peuple arménien.
Certes, l’Arménie soviétique a subi le joug du système soviétique comme toutes les autres
Républiques de l’URSS. Néanmoins, cela lui a permis non seulement de survivre mais également de
se développer économiquement. Le pays put ainsi connaître un certain âge d’or qui se traduisit dans
un développement culturel, intellectuel et scientifique de grande importance.
De la création du Madénataran (bibliothèque célèbre par ses manuscrits, ndlr) à Dzidzernagapert (mémorial du génocide, ndlr) en passant par Byuragan (Puragan, l'observatoire, ndlr) ou les universités, l’Arménie soviétique –
29.800 km2 pour 3.3 millions d’habitants – fut,à son apogée, un grand centre intellectuel et
scientifique.
Le 29 novembre prochain, il serait souhaitable que le président d’Arménie Armen Sarkissian et le
Premier ministre Nikol Pashinian évoquent dans un discours le 100èmeanniversaire de la deuxième
République d’Arménie.
 
Nersès Durman-Arabyan  :     nerses.durman1@orange.fr
Paris — Juillet 2020
 


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