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Le témoignage d’une descendante de rescapés du génocide arménien

Le 25/04/2015 | Par | Catégorie: POLITIQUE



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Zarouhie Kanterian

Zarouhie Kanterian à gauche sur la photo.

 

La décision du gouvernement fédéral allemand et le sort du peuple arménien

Aujourd'hui le 24 avril, on commémore le centenaire du génocide des Arméniens. Ce génocide est nié autant par le gouvernement turc que par la population majoritairement turque du pays et de l'étranger. Les Arméniens organisent, partout dans le monde, des activités et des manifestations culturelles dédiées à cet événement.

Tandis que la plupart des pays ont reconnu le génocide, la France par exemple, l'Allemagne avait refusé de le faire jusqu'à présent ; il semble que Berlin craignait que les relations diplomatiques avec la Turquie ne se refroidissent et que la minorité turque ne réagisse. Jusqu'au lundi 20 février  2015 lorsque Seinert Steffen, le porte-parole du gouvernement allemand a déclaré que le gouvernement allemand qualifie de génocide ,le massacre des Arméniens. Et il a ajouté que la commémoration aura lieu le 24 avril; en outre, au Bundestag un projet de résolution sera soumis à l’approbation des élus. Les députés CDU et le SPD, ont ajouté que « le sort des Arméniens lors de la Première Guerre Mondiale,est un exemple d’extermination de masse, de nettoyage ethnique, de déportations, et de génocide au 20e siècle".

Le temps était enfin venu, l'Allemagne avait été un témoin coupable, & même un complice qui a organisé la fuite des criminels condamnés à mort par un tribunal turc dans ce qu'on appelle le "procès des Unionistes" (en référence au CUP , le comité Union et Progrès,turc) pour le génocide des Arméniens.

L'Allemand Hans Humann a joué un rôle central. Attaché militaire, ami sans scrupules d'Enver "Pacha", ministre turc de la guerre, il l’a décrit comme "difficile, mais utile".

Comme beaucoup d'autres, dont Hans Freiherr von Wangenheim .Hans Humann a été très bien informé sur le massacre des Arméniens dans les provinces ottomanes, par le biais des rapports des consuls, mais il a préféré ne pas intervenir dans les « affaires internes de la Turquie ».

Ma famille et moi, nous nous sommes installés en Allemagne, mais nous sommes issus de la communauté arménienne de Bucarest, en Roumanie . Mes aïeuls étaient des marchands de café. Les Arméniens faisaient partie des plus importantes minorités de la capitale roumaine  , notamment avant la Seconde Guerre mondiale. Il y a eu deux grandes vagues d'immigration, d'abord à la fin du 19ème siècle et c’est le cas de mes grands-parents à Bucarest, puis peu de temps après la Première Guerre mondiale. En 1921, mon arrière-grand-père Ohannes Sechergian (prononcer Shekerdjian) apprenait d’une petite-annonce dans un journal, que Arshalouïs, une cousine perdue de vue depuis longtemps, était a la recherche de membres de sa famille. Elle était réfugiée à l'étranger, probablement en Syrie ou en Bulgarie, où il y avait beaucoup de réfugiés arméniens après la guerre. Ohannes lui a envoyé de l'argent pour le voyage et elle est venue chez ma famille à Bucarest.

Notre cousine Arshalouïs, tout comme ma grand-mère Zarouhi, était originaire d’un petit village près de la ville de Sivas en Anatolie centrale, et donc une zone qui appartient à l'heure actuelle à la Turquie. Le nom du village est incertain, selon ma tante, il s’appelle Lisanlou ou Lisanlu. Vous ne le trouverez pas sur la carte de la Turquie. 50 personnes de ce village appartenaient à notre famille, ils étaient agriculteurs et commerçants. Ce qui leur est arrivé, nous reste totalement inconnu.

Je ne connais ni leur nom ni leurs tombes.

Les lettres de mon arrière-grand-père Ohannes adressées à la communauté du village n’ont pas eu de réponse après 1915. Arshalouïs savait les raisons de ce silence et dès qu’on lui posait des questions concernant nos parents ou leur odyssée de Lisanlou à Bucarest, elle fondait en larmes. Le temps aidant, ma famille a compris ce qui s’était passé avec les parents d’Anatolie. Ils ont rencontré à Bucarest d’autres Arméniens qui ont raconté les atrocités qu'ils ont vécues.

Les témoignages des survivants ont été complétés par les déclarations des « spectateurs » neutres : des missionnaires, des prêtres, des sœurs de charité qui avaient voyagé dans le Moyen-Orient ainsi que par les propos des diplomates étrangers tels l'ambassadeur américain à Constantinople, Henry Morgenthau qui a protesté, sans succès.

Environ 1,5 million d'Arméniens ont été tués dans les années 1915-1916.

Aujourd'hui, nous commémorons le 100ème anniversaire du génocide des Arméniens. Ce génocide est nié par le gouvernement turc et par la population majoritairement turque dans le pays et à l'étranger. Comme la plupart des Turcs à Brême. Tout comme mon amie d’Istanbul qui a été vraiment si gentille que je me suis sentie membre de sa famille.

En fait, on n’a pas discuté de ce sujet douloureux pour mon peuple, j’ai craint une réaction négative, et j’ai préféré garder le silence.

Mais le silence n'a pas aidé ma cousine, Arshalouïs et quant à moi, il ne m’aidera pas non plus.

 

Alice Kanterian



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