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Ahmet Davutoglu “la diaspora arménienne est notre diaspora”. Exact : les Arméniens déportés ont des droits sur la Turquie

Ancien Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu
(prononcer Davoutorlou, ndlr)
vient de fonder un parti politiqiue "Gelecek (Gueledjek, ndlr)" (Avenir).
 
Dans le Conseil d'aministration, le journaliste arménien Etyen (Etienne)
Mahcupyan assumera la
Direction de la Recherche, du Développement et de l'Information.
 
Apres l'assassinat de l'éditeur en chef, Hrant Dink,  du journal
arméno-turc Agos en
2007 à Istanbul, Etyen Mahcupyan prend la tête du journal jusqu'en 2010.
 
En 2014 , il est Conseiller auprès du Premier ministre Ahmet Davutoglu jusqu'au jour,
en avril 2015, de sa déclaration " qu'il est impossible de ne pas qualifier les événements
de 1915 de Génocide".
Le lendemain il "démissionne" pour raison de limite d'âge
(il est né en 1950).
 
Quant à Ahmet Davutoglu, lors de sa nomination au poste de Premier ministre , il déclare
que "la diaspora armenienne est notre diaspora".
 
Avait-il de  l'affection pour les Arméniens ou une carte géograpique sur son bureau?
 
Zaven Gudsuz
 
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Davutoglu , né à Konya

Né à Konya, dans un milieu conservateur, Ahmet, dont le père est enseignant, étudie

dans un «lycéen anatolien» (anadolu lisesi). Comme les bons élèves qui sont dans ces

établissements sélectifs où l’on étudie en turc et en anglais, le jeune homme peut

rejoindre une université stambouliote. Pour Ahmet Davutoglu, c'est la prestigieuse Université du

Bosphore, dont il sort avec un doctorat.

Mais il ne s’est jamais senti «chez lui» sur ce campus à l’américaine qui surplombe la

côté européenne d’Istanbul. «Il n’était pas dans son élément dans cet environnement occidentalisé

et kémaliste où il a la conviction que tout est fait pour tromper les

Turcs sur leur "véritable" identité». On est en 1980, mais Ahmet Davutoglu tisse ses réseaux. Avec

d’autres jeunes

Anatoliens, pieux et conservateurs, il lance une Fondation qui, vingt ans plus tard, ouvre sa propre

université, à Uskudar, sur la rive asiatique d’Istanbul. 

Et il va enseigner non pas à l’Ouest, aux Etats-Unis ou en Europe, mais à l’Est, à l’université islamique

internationale de Kuala Lumpur, dont il revient en 1995. Parmi l’élite des pays émergents, Ahmet

Davutoğlu est l’un des hommes politiques qui a le plus ouvertement exprimé lhumiliation qu’éprouve le monde musulman à l’égard de l’Occident. Et il  théorise la revanche.

Ahmet Davutoglu ne joue pas de rôle dans la création, en 2001, du Parti de la Justice et du

développement (AKP, islamo-conservateur) ni même dans la définition de son programme.

«Au début, les formulateurs de la politique étrangère de l’AKP, ce sont Yasar Yakis [transfuge d’un

parti de centre droit] et Abdullah Gül, ce qui laisse supposer que cette ouverture de la Turquie vers

l’Est, du reste annoncée par la normalisation des relations turco-syriennes à partir de 1999, serait

advenue quelqu’ait été le ministre. En Turquie, la conviction qu’il faut rééquilibrer ses relations

entre Est et Ouest a gagné du terrain parmi les experts de politique étrangère.»

Dans Profondeur stratégique (Stratejik Derinlik), publié en 2001, le professeur en relations

internationales Ahmet Davutoglu développe l’idée fondamentale que la Turquie ne doit

pas être au service des Américains et du bloc occidental, mais au centre d’un nouvel ensemble dont

les Arabes et les Kurdes, qui sont avec les Turcs les trois grands acteurs de la civilisation islamique,

seraient le pivot ,grâce au développement économique et au soft power turc.

Quand Abdullah Gül prend la suite de Yasar Yakis aux Affaires étrangères (2003-2007), Ahmet

Davutoglu devient son conseiller. Il enseigne dans le département anglophone de l’Université de

Marmara à Istanbul et écrit dans le quotidien pro-AKP Yeni Safak.

Les deux hommes ont beaucoup en commun: tous deux, originaires d’Anatolie, ont fait des études

supérieures, possèdent une expérience de l’étranger, dans des pays musulmans, et sont proches des

milieux  bancaires et d’affaires. Ahmet Davutoglu a par exemple pour ami Murat Ulker, le numéro

un de la biscuiterie turque, au neveu duquel il unit sa fille.

Quoiqu’autonome à l’égard des Etats-Unis, le projet turc de Ahmet

Davutoglu s’inscrit dans la politique américaine de remodelage du grand Moyen-Orient

décrété par George W. Bush. Ankara est comme une source d’inspiration pour les pays arabes de la

région. «Davutoglu exploite une opportunité historique et formule une doctrine".

En mai 2009, il entre au gouvernement de Recep Tayyip Erdogan deux ans après qu’Abdullah Gül ait

accédé à la Présidence de la République. L’armée turque, qui avait fait de la politique internationale

sa chasse gardée, est soumisee: le Premier ministre Erdogan a les coudées plus franches, il peut

élargir sa sphère d’influence.

Aux Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu applique son idée: la Turquie est le seul sujet historique

de l’espace ottoman, donc seule capable de procéder à la pacification de son ancien espace impérial

. «Tout ce qui arrive dans les Balkans, dans le Caucase, au Proche-Orient est notre problème,

dit-il dans un discours à Sarajevo. "Quand j’étais assis derrière mon bureau à Ankara, j’ai tracé un

cercle de mille km de rayon autour de ce bureau. Il y a 23 pays. Tous appartiennent à notre famille et

attendent quelque chose de nous.»

Le ministre a ses «fans» au-delà des islamo-conservateurs. «Il est entouré 

d’universitaires et d’intellectuels qui partagent sa vision du monde et qui l’ont soutenu jusqu’à son

éviction. Lors de son ascension, ce soutien dépasse même largement ce cercle de fidèles. Des

intellectuels de gauche comme de droite, "libéraux" comme islamo-nationalistes, des universitaires,

des journalistes, des think-tanks voient dans sa politique étrangère envers le monde arabe et ses

ambitions "globales" visionnaires.