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Arménie, drame, 15 morts

15 soldats sont morts suite à un incendie qui s'est déclaré le 19 janvier à 1h30 du matin dans une base militaire du village Azat dans la région du Gegharkunik (lac Sevan, près de la ville de Vartenis). 3 soldats ont subi des brûlures graves et 7 autres n'ont pas eu besoin d'être hospitalisés. 

Dès le matin, le Premier ministre Pashinyan racontait en détail le déroulé des événements dramatiques en faisant porter la responsabilité sur un soldat qui aurait allumé le poêle à bois de la caserne militaire avec de l'essence. Sans délai, le Premier ministre a adressé une demande au Président de la République pour limoger tous les responsables locaux de la chaîne de commandement, jusqu'au commandant de la deuxième armée. En quelques heures l'opération était bouclée.

Le problème est que cet incendie révèle les incuries du gouvernement Pashinyan et l'état de délabrement total de l'armée arménienne méthodiquement dépecée par le pouvoir en place.

 

La caserne militaire

La caserne militaire n'en était pas une. Il s'agissait d'un maison délabrée louée à un villageois ! Après la destruction de la caserne du village lors des opérations du 13-14 septembre dernier, l'Etat a paré au plus pressé et entassé dans quelques mètres carrés près de 40 soldats dans une pièce et leurs munitions dans l'autre. Il n'y avait aucune possibilité d'aération des locaux ni de sortie de secours. L'Etat Pashinyan avai pourtant trouvé plus de 2 millions de dollars pour décorer le centre d'Erevan pour le Nouvel an. L'armée est mise en ruine pour suivre l'adage romain: du pain et des jeux. 

 

Les limogeages

La réactivité aveugle des autorités avant toute enquête digne de ce nom est tout à fait douteuse. Il faut remettre dans le contexte de l'explosion du marché de Sourmalou survenue en août dernier: le directeur du marché n'a même jamais été auditionné par la police, et ce en dépit des 16 morts, des près de 60 blessés et des dizaines de marchands qui ont tout perdu et n'ont jamais bénéficié d'aucun dédommagement sous prétexte qu'ils n'avaient qu'à s'assurer convenablement !! Aucun présumé coupable à ce jour. 

 

Le déroulé des événements

Après le choc il est apparu plusieurs témoignages qui contredisent la version officielle et notamment l'utilisation de 5l d'essence pour allumer un poêle à bois à 1h30 du matin alors que les soldats étaient presque tous endormis.

Le récit initial tente de détourner l'attention sur la vétusté de la caserne qui ressemblait plus à une étable qu'à une institution militaire ! 

Après la guerre de 2020, des dizaines de témoignages avaient dénonce les conditions matérielles totalement inhumaines des soldats à tous les niveaux. 

 

L'indifférence coupable

Plus de 24h après le drame, le ministre de la défense, Souren Papikian, ne s'est rendu ni sur les lieux du drame, ni à l'hôpital où sont hospitalisés les trois soldats gravement brûlés.

Quand à la ministre de la santé, Anahit Avanessian, elle non plus n'a rien modifié à son emploi du temps. Juste après la session extraordinaire du gourvement, elle s'est empressée de s'envoler pour Téhéran afin d'y participer à un forum international sur les "femmes qui réussissent".

Le 2 poids deux mesures

L'armée de Pashinyan n'en est pas à son premier scandale. Aucun d'eux n'a encore abouti à la condamnation de personne:

– la défaite en 44 jours de 2020: perte de 80% de l'Artsakh et 5000 morts. 

– mai 2021: l'Azerbaidjan saisit plusieurs dizaines de kilomètres carrés du territoire arménien sans tirer un seul coup de feu ! Près d'une dizaine de villages perdent leurs pâturages et la sécurité du jour au lendemain. 

– novembre 2021: l'Azerbaïdjan saisi des territoire au dessus de Djermuk sans rencontrer grande résistance. 

– août 2022: cession plusieurs années en avance du "couloir de Latchin" 

– septembre 2022: l'Azerbaïdjan conquiert toutes les hauteurs orientales le long de la région du Syunik, arrivée aux portes de Djermuk et de Vartenis. 300 morts arméniens contre 70 côté azeris. 

– depuis le 12 décembre 2022, blocus d'Artsakh avec une Arménie qui se place au rang de spectateur-témoin d'un génocide en cours. 

"Caserne" brûlée du village Azat. 

photo : D.R.

 

Armen Rakedjian